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Nous avons renoncé au ravitaillement qui promettait une queue d'au moins une heure, mais nous avons réussi à boire chaud, puis nous nous sommes séparés car notre copain Roger, le meilleur, était d'une couleur et Bernard et moi, d'une autre (groupe et box communs ). Nous avions prévu de courir ensembles et nous avions choisi de communiquer les mêmes 'ambitions' chronométriques. Je dirai quelques mots sur cette aire de 'pré-départ' : Plus de 350 toilettes mobiles, l'urinoir le plus long du 'monde' 115 mètres (cela vaut la peine de s'y arrêter !), une centaines de gros camions, marqués par couleurs et box, dans lesquels on place nos sacs numérotés qui seront alignés après l'arrivée à Central Park, des tentes partout (pas assez), des infirmeries, un orchestre et un speaker qui fonctionnèrent toute la matinée à fond les décibels… Heureusement que nous étions loin de celui-ci. Dans ce charivari provoqué par au-moins 35000 personnes, nous avons réussi à trouver un petit coin sympathique et, entourés de quelques francophones qui se trouvaient là, nous avons pris place sur 'mon' carton le dos à un arbre, le nez au soleil levant qui dardait quelques timides rayons dans un ciel de brume. Il fallait toutefois, surtout pour un frileux comme moi, être bien protégé : En bas ,short Havas-France et pantalon de survêtement, en haut, mon marcel-poche kangourou, un tee-shirt, le maillot Havas-France, un gros pull à jeter et au-dessus du tout, une combinaison complète de peintre en matière plastique doublée avec un grand 'zip' pour fermer. Avec un petit tour toutes les heures aux toilettes, des gâteaux secs à grignoter et les récits de chacun sur ses différentes aventures vécues de marathoniens, dans le monde, le temps a fini par passer. Vers 10h, nous nous sommes débarrassé de tous les vêtements en trop, tous récupérables, puisque par chance il n'avait pas plu, et, en short, maillots pour certains et short, maillot, gros pull à jeter pour la plupart et short, tee-shirt, maillot et gros pull à jeter pour moi, nous avons pris place sur notre voie d'accès bleue, dans le premier box, de numéros 1000 à 1999. Ensuite, tout est allé très vite, nous avancions par à-coups et longs méandres vers le pont, puis il y a eu le discourt traditionnel transmis sur haut-parleurs, l'hymne américain, et, enfin le coup de canon du départ !
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Le temps de déclencher notre chronomètre, et, après une trentaine de secondes, nous passons la ligne de départ réelle dans le sifflement caractéristique des détecteurs de puces informatiques que nous avions tous au pied et qui allaient nous donner par la suite sur Internet notre temps de passage au 10 km, semi-marathon, 32 km et arrivée. Le passage sur ce pont et tous les autres ponts d'ailleurs est inoubliable. Quelques excentriques téléphonaient et recevaient des communications sur leur portable mais, cela n'a pas duré. Le passage du pont (3 km) m'a fait souffrir au niveau des lombaires, surtout dans la partie descente, mais la crème chauffante a fait son effet et j'ai tenu le coup. Mon copain Bernard a fait toute la course avec moi, et nous avons pris quelques photos, mais cet exercice est très difficile sans s'arrêter. Au début de la course, un arrêt aurait signé une chute suivit d'un risque de piétinement. Le premier quartier traversé est Brooklyn, les Français à cette époque (maillot marqué 'France' en gros), avaient beaucoup de succès, et la foule était dense de chaque côtés de la route. Par la suite les avenues étaient de plus en plus souvent rectilignes. Le passage au semi marathon se fait sur le pont Pulaski dans le Queens; et, vers le 25° km nous sommes sur le pont Queensboro dont la route à sa sortie, vire brutalement à gauche pour nous faire accéder à la Première Avenue. Cet endroit est un des plus magique de la course, car nous avons l'impression d'entrer dans une arène, tant il y a de monde qui hurle à notre passage ! A partir de là, ce n'est pas mal non-plus, puisque nous apercevons l'autre bout à CINQ kilomètres et c'est plus large que les Champs-Élysées, sans terre-plein central, avec toujours cette foule et les orchestres, qui nous galvanisaient ! Après une courte boucle dans le Bronx par le Pont Willis, nous empruntons la Cinquième Avenue pour longer Central Park sur deux kilomètres avant d'y pénétrer. A partir de là, il reste encore plus de 4 difficiles km en montagnes russes à parcourir avant la délivrance. 42,195 kms en 3h50 pour moi et 1 minute de moins pour Bernard. Ouf !!! Pour quelqu'un qui était sûr d'abandonner ce fut un temps correct. Notre copain Roger à fait un petit paquet de secondes de plus que 3 heures ! Le plus dur restait à accomplir, rejoindre le camion pour se préserver du froid. Ces derniers stationnaient dans l'ordre croissants l'un derrière l'autre à une dizaine de mètres d'intervalle. Résultat, plus d'un kilomètre à faire avec un très fort mal de dos qui s'était réveillé avec le froid et la fatigue. Quand j'ai rejoint le camion j'était frigorifié et je grelottais. J'ai eu toutes les peines du monde à me changer sur le trottoir. Bernard est venu me rejoindre et nous avons suivi les flèches du parcours obligatoire qui nous éloignait du métro; en fait, nous rentrons pendant la course dans Central Park tout près de la station de métro au sud-est du parc, mais nous continuons à courir vers le nord et les camions sont aussi dans le sens sud > nord, si bien que nous ressortons du parc au nord ouest et nous avons du redescendre une dizaine de rues pour arriver à l'endroit ou l'on rendait la puce, louée, et chère à payer en cas d'oubli. Durant cette longue marche, ma douleur lombaire s'est apaisée lentement et la joie d'avoir réussi cette course était grande. Le retour à l'hôtel et la douche, certainement le meilleur moment après un marathon furent pleinement appréciés. J'avais fait provision de coca et nous avions acheté de la pizza en chemin. Roger était également rentré et il s'est plaint d'avoir eu très froid lui aussi même pour les derniers kilomètres de la course ! Nous avions rempli notre contrat… Aller à N.Y et rentrer en disant avoir abandonné doit être invivable pour un coureur digne de ce nom ! Le soir nous avons reçu des invitations pour voir la remise des médailles dans un théâtre proche de notre hôtel. Nous y sommes allés et nous avons eu déjà beaucoup de mal à rentrer dans le hall. Au bout d'une quinzaine de minutes, le service d'ordre à fait rentrer les futurs médaillés et quelques journalistes, puis ils nous ont littéralement poussé dans un coin de l'entrée en parlant (paraît-il) de sécurité etc.… Il était écrit sur l'invitation qu'il y avait un pot à cette occasion, mais apparemment c'était payant et encore, nous n'étions même pas admis à l'intérieur. Je suis parti en claquant fort la porte ne supportant pas les manières brutales des services d'ordre. Mes copains m'ont rejoints à l'hôtel et nous sommes parti à la recherche d'un petit restaurant pour le repas du soir. Nous avons ensuite bouclé nos valises qui avaient pris de l'embonpoint à cause des souvenirs. Au coucher ce soir là, ma surprise fut totale en constatant que j'était fatigué mais que je n'avais plus mal du tout au dos, en bougeant dans mon lit ni en me levant. Ce petit miracle, s'il en est, aurait été bienvenu quelques jours plus tôt, car j'ai passé à New York un séjour un peu coincé physiquement, donc moralement aussi mais que de souvenirs !
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