Nous sommes en 1952. Charles Kraft, à l'époque jeune rossellois de 18 ans, prend, après mûre réflexion, la décision de partir tenter sa chance aux Etats-Unis. A cette époque, le rêve américain devient réalité pour beaucoup de gens de Moselle-Est. De nombreuses familles, dont beaucoup sont des immigrés originaires des pays de l'Est (Ukraine, Russie, Lettonie, Pologne etc.) tenteront leur chance et traverseront l'océan dans l'espoir d'une vie meilleure au pays de l'oncle Sam.
- Papa m'avait dit : si tu vas travailler dans les mines, je te casse les jambes, raconte Charles… Moi, j'avais l'esprit ouvert à l'aventure et le challenge ne me faisait pas peur, d'autant plus qu'un de mes cousins habitait déjà dans la région de Chicago...   
C'est ainsi qu'à l'âge où la plupart de ses camarades commencent leur véritable métier de mineur que Charles quitte ce bassin houiller qui l'a vu naître avec ses puits et ses terrils pour commencer une vie nouvelle à l'ombre des gratte-ciel de la mégapole de Chicago dans l'Illinois.
- A l'époque, il y avait énormément du boulot là bas et chacun, qu'il soit américain ou immigré, désireux de travailler avait une chance de gagner de l'argent… Bien entendu, tout n'était pas facile. Il y avait la barrière de la langue et les habitudes culturelles et sociales étaient très différentes des notres, mais après 6 mois je me 'débrouillais' en anglais et le 'Job' que j'avais trouvé me permettait de faire mes premières économies avec lesquelles je m'achetais pour la somme de 2200 Dollars, ma première voiture, une 'Buick' flambant neuve !
Le jeune Charles s'adapte rapidement à cette vie à 'l'américaine' qui lui convient parfaitement. Lui, l'ancien petit apprenti formé à l'école de la mine, se perfectionne et devient au fil des ans un spécialiste dans la conception de moules et de matrices destinés à l'industrie.
- C'est vrai que le travail était parfois épuisant. J'ai connu des semaines de 50 à 60 heures, mais j'avais la satisfaction de voir mon travail récompensé par un salaire nettement au delà de ce que j'aurais pu gagner en France et, en quelques années, grâce au crédit qui est une véritable institution aux USA, je devenais propriétaire de ma maison et de tout ce qu'elle contenait. Mon premier challenge était réussi et je pouvais attendre la suite avec confiance.
Malgré son amour pour le pays qui l'a accueilli, Charles garde le contact avec sa terre natale et revient régulièrement à Petite-Rosselle où il lui reste de nombreux amis.
- Je reviens tous les 2-3 ans en France et je retrouve votre région avec un réel plaisir. J'ai constaté une nette évolution industrielle durant ces dernières années. On sent qu'un profond changement économique est en marche là où la mine était pratiquement la seule industrie. J'ai également un contact régulier avec l'actualité locale à travers le Républicain Lorrain et je me connecte très souvent sur www.stiring.net pour y voir des photos de la région de mon enfance…

Charles Kraft

Clément Keller

Charles Kraft et Roland Mog

Au cours de cette interview de 2 heures, Charles nous a parlé avec franchise, enthousiasme, parfois pudeur de cette vie qu'il a choisie et dont il ne regrette pas une minute :
- J'ai fait ce que je voulais faire et j'en ai tiré d'énormes satisfactions. J'ai vécu une aventure formidable et je profite aujourd'hui de ma retraite pour voyager dans le monde entier. J'ai eu la chance de parcourir l'immense pays qui m'a accueilli, j'ai visité la Thaïlande, traversé l'Europe et j'espère voir encore beaucoup d'autres régions du monde…
Lorsqu'on lui parle de la tragédie de New-York, Charles devient ferme et intransigeant :
- Nous nous attendions tous à quelque chose mais pas à une action d'une telle envergure. Ces crimes, car ce sont des crimes, ne peuvent pas et ne doivent pas rester impunis. Nous trouverons les coupables et je souhaite qu'ils soient châtiés comme ils le méritent. Si nous ne le faisions pas, ils recommenceraient sans l'ombre d'une hésitation. Nous devons mettre nos efforts en communs afin que de tels actes ne se reproduisent plus jamais !  Mon fils est militaire de carrière dans l'Air Force et la seule chose qu'il a dite lorsque je l'ai eu au téléphone était : - Papa, nous savons ce que nous avons à faire et nous le ferons. Quand à moi, j'ai confiance en ceux qui dirigent et ceux qui défendent mon pays et ma liberté car je sais qu'ils nous vengeront de cet affront...

Charles Kraft, citoyen américain, originaire de Petite-Rosselle, a repris l'avion pour Chicago le 26 septembre 2001 avec des souvenirs de sa Lorraine natale plein la tête. Bon vent Charles le Frenchman et à bientôt, tu seras toujours le bienvenu ici !
Interview réalisée au siège de l'AMIS par Clément Keller et Roland Mog

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