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Sodexho est dans le collimateur d'une organisation humanitaire américaine. En cause : ses investissements dans l'industrie de la prison privée. Des étudiants américains organisent mercredi prochain une campagne de boycottage du numéro un mondial de la restauration collective, le Français Sodexho. Ils entendent dénoncer son engagement dans la construction de prisons privées. Seuls cinq campus ont participé à la première manifestation du ,genre, le 4 avril 2000, mais le Priso'4 Moratorium Project compte bien rallier cette fois plus de 50 universités à sa cause. Il faut dire que Sodexho Alliance, par l'intermédiaire de sa filiale américaine Sodexho Marriott est avec 8 % le principal actionnaire institutionnel de la société Corrections Corporation of America (CCA) Celle-ci possède 50% des prisons privées américaines, qui accueillent 5% des détenus du pays. Les étudiants refusent que l'argent qu'ils rapportent au groupe français serve à financer des prisons dans lesquelles les conditions de détention sont encore pires que dans les prisons publiques. D'où leur campagne « Not with our money», «pas avec notre argent », qui se traduira le 4 avril par le boycottage des cantines gérées par Sodexho. Les liens entre Sodexho et les prisons privées sont directs. Le vice-président du groupe français, Jean-Pierre Cuny, est membre du conseil d'administration de CCA, et le traiteur Sodexho Marriott investit 50 % de ses bénéfices (63 millions de dollars en 2000) dans CCA. Sodexho injecte donc massivement des capitaux dans la construction de prisons privées, activité certes lucrative mais peu recommandable. « Cette industrie est responsable d'une hausse de 50% des agressions entre prisonniers et de 75% des attaques sur les gardiens », affirme la chercheuse indépendante Judy Green, qui enquête sur les prisons privées. Les programmes de travail ou de formation sont délaissés, de même que les services médicaux et psychologiques Moins CCA dépense, plus il engrange de profits. Les gardiens sont mal payés et démissionnent deux à trois fois plus souvent que leurs homologues du public, Moins bien formés, ils ne savent pas gérer les problèmes et ont donc davantage recours à la violence. » C'est un euphémisme. En Caroline du Sud un prisonnier a été jeté contre un mur pieds et poings liés dans le dos. Il a obtenu en décembre dernier trois millions de dollars de dommages et intérêts. En Caroline du Nord, CCA a ouvert deux prisons de 500 lits. En un an le gouvernement de l'état a découvert tant d'irrégularités qu'il a repris le contrôle de ces prisons. Les exemples ne manquent pas. « Notre objectif final c'est d'améliorer la qualité de la vie au quotidien » claironnait pourtant récemment Pierre Bellon, le président fondateur de Sodexho. Visiblement peu convaincus par l'humanisme du Français, les étudiants demandent que les contrats de leur université avec Sodexho soient rompus si ce dernier ne retire pas son argent de CCA. Quatre des cinq universités concernées l'an dernier ont déjà franchi le pas. La principale revendication est qu'au moins la sécurité ne soit plus confiée à des intérêts privés. Au pays du libéralisme, demander la nationalisation de ces prisons serait irréaliste, d'autant que les promoteurs de ce secteur en pleine expansion sont des as du lobbying. L'administration Clinton avait de son côté poussé à la réduction du nombre d'employés fédéraux et avait fait le lit du privé en ne construisant que six prisons en quatre ans. © Transnationale
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