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La mine 'muséifiée' de Petite-Rosselle L'exploitation du carreau Wendel a modulé pendant plus d'un siècle le paysage de toute une région. Réhabilité, il a été choisi par la Mission 2000 pour abriter l'exposition sur les cultures du travail. Une cathédrale industrielle dont on ne voit que la partie émergée. Un immense lavoir à charbon, de 32 mètres de hauteur, entouré des trois puits de mine et leurs chevalements, les sièges Vuillemin et Wendel. Le terril, le dernier de Lorraine, verdit, vestige de plus d'un siècle d'extraction. Jusqu'en 1986, quand les derniers mineurs sont remontés. Ce site exceptionnel a été choisi par la Mission 2000 pour abriter une exposition internationale conçue à Barcelone, les Cultures du travail : des outils et des hommes du 1er juin au 1er novembre. L'aura de la Mission et ses 25 millions de francs auront permis de sauver la quasi-totalité du site et de ses bâtiments. L'exposition sera implantée dans un lavoir restauré, qui a échappé à l'usure lente, promesse inéluctable de démolition. " Je suis sûr que nous aurons le seul grand espace de mono-industrie à avoir été conservé en entier ", dit l'architecte Philippe Jean, qui travaille déjà sur l'Expo 2000 et sur le Musée de la mine. Nulle part ailleurs l'univers du charbon n'est aussi immédiatement visible. Dans le Nord, on a conservé quelques vestiges, quelques chevalements, mais la volonté de se débarrasser au plus vite de ces témoignages d'une région laborieuse a laissé peu de traces du passé. La région Lorraine, elle aussi, s'est longtemps désintéressée de cette enclave minière, ni bleue, ni verte, à laquelle elle a même dénié l'appellation de " pays " qu'elle distribuait partout ailleurs : pays de quoi ? du charbon ? de Forbach ? Vouloir conserver les vestiges d'une mine, l'une des plus actives, tenait de la provocation. Une opération à vif, alors que les gens n'ont pas encore fait leur deuil d'une activité qui a façonné leurs vies, leurs paysages. Ici, comme dans le Nord, les plus ardents défenseurs du patrimoine sont d'anciens porions. François Belin a réussi à fédérer plusieurs associations de mineurs pour entretenir son Musée de la mine, et il travaille avec quelques bénévoles, une cinquantaine tout au plus. Passionné, il ne comprend pas toujours les réticences de ses anciens collègues, ni celles des collectivités locales qui au début refusaient de tuer une seconde fois la mine. Les syndicats comme la direction des Houillères l'ignoraient. Pourtant, non loin de là, de l'autre côté de la frontière, en Sarre, Volklingen réussissait à faire classer ses hauts fourneaux comme patrimoine mondial de l'UNESCO. Mais en Sarre on extrait toujours du charbon, des mêmes veines que celles du carreau Wendel désaffecté... Les défenseurs du patrimoine, les amateurs de volumes industriels, les fanas d'objets de collection, les animateurs ou créateurs de musée dérangent. Et surtout, leur rétorque-t-on, évitez d'appeler ça un musée. Ils s'en défendent tous, d'ailleurs. Ici, c'est le carreau Wendel. Que serait-il devenu, avec son petit musée et ses cinquante bénévoles, si la Mission 2000 n'avait pas cédé à la proposition de Laurent Brunner, directeur du théâtre de Forbach, d'installer la grande exposition catalane en Lorraine ? Laurent Brunner, devenu responsable de Forbach 2000, est prudent : il n'est pas question de transformer le carreau Wendel en musée des beaux-arts. " Il y a cinquante ans, on érigeait des monuments aux mineurs, des gars très musclés. C'était un hommage, c'est devenu des monuments aux morts. Un casque de mineur au Musée d'art contemporain peut être une oeuvre d'art, pas ici. " Le carreau Wendel restera un musée didactique, un musée des sciences et des techniques. Pourtant, quelques années après la fermeture du carreau, des auteurs de bandes dessinées ont été invités à illustrer la gestuelle du mineur de fond. · l'entrée des ascenseurs, une fois passées la salle des pendus, les salles des douches, les inscriptions " Défense de fumer " en français, allemand et italien, les " Attention grisou ! ", les " Tout ouvrier qui ouvrira sa lampe au fond sera congédié immédiatement ", une fois passé ces sas, on découvre d'énormes inscriptions, onomatopées du fond : " Pffffftttt ", " Chloooookkkk "..., en lettres jaunes et bleues. Les artistes sont déjà passés par là. Qu'en pensent les mineurs ? Tout près du lavoir en travaux, Denis Hildt répare des locotracteurs, petits trains qui transportaient le charbon dans la mine. Quadragénaire, il est un des rares salariés en activité des Houillères du bassin de Lorraine (il travaille à Freyming-Merlebach, à quelques kilomètres de Petite-Rosselle) à faire partie des équipes de bénévoles. Denis a rassemblé dans un ancien atelier quelques machines rares qu'il décrit avec fierté. Celles qu'il peut faire fonctionner ravissent les enfants. Denis veut rendre le musée plus vivant, il souhaite récréer l'ambiance de la mine ; il regrette surtout les récriminations de ses collègues de Freyming, qui au début allaient jusqu'à saboter les machines inutilisées qu'il comptait rapatrier à Petite-Rosselle. Le syndicat de Denis, la fédération CGT des mineurs, refuse de parrainer le grand projet du carreau Wendel. " Parole d'un historien de la mine " responsable de l'Institut d'études sociales des mineurs : Michel Ruhl estime que c'est une honte de recomposer un puits : " Je suis pour que la mine perdure. Une mine en activité, c'est plus beau qu'un musée. On vient de fermer le puits Reumaux, le puits Simon est déséquipé, et on rééquipe à coups de milliards pour faire un musée. Ça ne nous intéresse pas de servir de guide sur un puits fermé. " De quelle mémoire s'agit-il quand l'expo catalane, celle de la Mission 2000, montre les luttes syndicales, " réactions du monde ouvrier que sont les manifestations, grèves et meetings, symbolisées par la reconstitution d'un vestiaire recouvert de graffitis présentant les revendications des ouvriers " ? Lire la suite de l'article
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