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LOUIS ARTI : El Halia Louis Arti est né en Algérie, dans un petit village, El Halia, où son père, d'origine italienne, était boulanger. Il y a vécu une enfance heureuse et facétieuse, jusqu'au jour du 20 août 1955, où le massacre des habitants d'El Halia par les fellaghas fut l'un des détonateurs de la guerre d'Algérie. "Mon père fut tué. Ma mère reçut un coup de couteau au bras droit. Mon village fut brûlé. Comme des oranges, les souvenirs s'écrasent aussi dans ma tête." L'armée française n'arriva sur les lieux que trois heures et demie plus tard. Un soldat fit approcher le petit Louis, alors âgé de dix ans, et, pointant sa mitraillette sur les prisonniers arabes regroupés dans le préau de l'école, lui demanda: "Lequel tu veux, petit, lequel?!..." L'enfant s'enfuit à toutes jambes. "Il court toujours", affirme le metteur en scène Jean-Louis Hourdin, dont la troupe a joué en 1995 El Halia, Dix ans du matin, le texte d'Arti sur son enfance.
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LOUIS ARTI : l'interview Chanteur et poète à l'univers aveuglant d'une tendresse mêlée de révolte, Louis Arti était mineur en Lorraine avant de se consacrer au chant et à l'écriture. Depuis, il enregistre des disques, anime des ateliers d'écriture de chansons dans les écoles et fait du théâtre et de la peinture. Entre la mélodie et le cri bestial, sa voix tempétueuse dérange mais captive. Elle est celle d'un homme mis à nu, un écorché vif. La Macaronade, Petit bestiaire d'El Halia, Rebelles de jour, rebelles de nuit, Le Maladroit de l'homme… A chacun de ses spectacles il captive son public et partage avec générosité et simplicité ce qu'il ya de plus intime en lui. Lors de son dernier passage en Lorraine, Louis Arti s'est gentillement prêté au jeu de questions-réponses.
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Clément Keller : Que ressens-tu lorsque tu reviens dans cette région que tu aimes et que tu as si bien connu enfant puis adolescent ? Louis Arti : J'y retrouve mon identité historique ainsi que le vécu présent qui raconte l'histoire d'une époque. Malheureusement les croyances et les balises de repérage qui s'y rattachaient ont été remplacées par rien… CK : Tu as ce que l'on appelle une culture d'autodidacte, as-tu parfois regretté de ne pas avoir fait de véritables études ? LA : Répondre non serait idiot. Lorsque j'allais à l 'école à Schoeneck je me sentais parfois comme un idiot, je ne comprenais rien ! Le programme scolaire n'était pas adapté à ma personnalité car je suis un intuitif… D'ailleurs 'nous' étions une bande d'intuitifs… Lorsque je me suis présenté au 'certif' il fallait dessiner une balance… J'ai mis tellement de poulies, de contre poids et de câbles que lorsque j'ai montré mon dessin à Juka, le 'cerveau' de la classe, ce dernier m'a dit : c'est pas une balance ton truc, c'est devenu un pèse-lettre ! CK : Tu as écris il y a quelques années ton premier livre El Halia et tu termines actuellement Belle vie en noir, as-tu ce que l'on appelle communément un maître d'écriture ? LA : Non. Je reste un intuitif. Par contre j'ai lu avec passion Henry Miller, Céline, Giono, Camus, Victor Hugo (un visionnaire !) ainsi que tous les grands poètes, Verlaine, Rimbaud, Garcia Lorca… CK : Ton roman El Halia a été adapté à la scène avec succès, as-tu de nouveaux projets de théâtre ? LA : Oui, je travaille actuellement sur un projet écrit conjointement par 4 écrivains : un Pied noir, un Arabe, un Juif et un Français. Nous parlerons de l'Algérie d'une manière philosophique et neutre… Pratiquement sans nommer ce pays. CK : Que penses-tu de la politique et du pouvoir ? LA : La politique c'est intéressant à condition que ce soit dans un monde citoyen. Les hommes politiques devraient vivre plus près du citoyen. Quand au pouvoir, c'est une écharde, une maladie dont il faudrait se débarrasser ! CK : Comment vois-tu l'évolution de l'Algérie ? LA : Il n'y aura pas d'évolution. Ce qui a été mis en place là-bas par des individus corrompus et maffieux est pire que ce qui a été fait en Russie sous le régime communiste ! Rien ne changera tant que le pouvoir restera entre les mains d'une classe politique corrompue qui s'est enrichie aux dépens du peuple. CK : Si demain tu pouvais soudain réaliser un rêve, que demanderais tu ? LA : Le bonheur et l'égalité pour tout le monde ! CK : A une certaine époque tu étais très proche du monde scintillant du Show Business, as-tu le sentiment d'avoir été manipulé ou as-tu des regrets par rapport à cette époque ? LA : Ni l'un ni l'autre car moi je n'avais rien à voir avec le Show Business ! CK : Comment perçois-tu la Lorraine actuelle ? LA : La Lorraine avait une cuisine, une culture, une histoire. Il n'en reste pas grand chose hélas. J'ai l'impression que nous sommes en train de devenir des Parisiens ! CK : Que penses-tu des cultures de rue telles que le rap, le Hip Hop etc. ? LA : Je connais des groupes ou des chanteurs tels que IAM, NTM ou MC Solar. Ils écrivent parfois de beaux textes mais il y a une telle opposition entre ce qu'ils font et ce qu'ils disent… C'est bien que cela existe, c'est sans doute juste mais leur revendication est trop pragmatique. Elle matérialise la colère mais pas la pensée. Il s'agit trop souvent d'un endoctrinement sans véritable philosophie avec toujours l'ombre de la religion en arrière plan… CK : Comment analyses-tu le mal-être d'une grande partie de la jeunesse actuelle et quels sont d'après toi les remèdes à mettre en œuvre ? LA : Le malaise actuel est la résultante évidente d'un avenir inexistant ou difficile mais surtout celle d'un laxisme des parents et du manque flagrant de repères chez la jeunesse. D'autre part, le rapport avec la religion empêche l'intégration. Il n'y a à mon avis qu'une solution, faire vivre les gens de manière intelligente, cela pourrait peut-être remplacer la police. CK : Si tu devais te définir toi même, comment te définirais-tu ? LA : Plus révolté que jamais ! Géométriquement j'ai réussi à faire recouper mon histoire avec celle de plein d'autres. Ma tendance est l'universalité, mon histoire s'ouvre et s'enrichit sur celle des autres. La phrase d'Arthur Rimbaud : Je est un autre est pour moi toujours d'actualité ! CK : Que penses-tu des nouvelles technologies telles que l'informatique ou l'Internet ? LA : L'informatique est un outil fantastique. Je crois que je n'aurais pas commencé à écrire de livres si l'ordinateur n'avait pas été là pour m'aider à classer, ranger et mettre de l'ordre dans mes écrits… CK : Comment se sent Louis Arti aujourd'hui ? LA : Merveilleusement bien ! Cela fait maintenant dix ans que je sillonne la France en faisant participer des enfants à des ateliers d'écriture et en proposant mes concerts et mes pièces de théâtre. C'est très enrichissant sur un plan humain car je rencontre des gens formidables comme ici à Freyming-Merlebach et cela me procure d'énormes satisfactions… Bref, j'arrive à vivre de mes passions ! Propos recueillis par Clément Keller
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